Lucile Loucia, conteuse de l’équipe Afrotitude Home, invitée à ce grand rendez-vous de femmes parle de son expérience

J’ai été invitée à dire un conte lors d’un grand rendez-vous de femmes. En arrivant, j’ai reconnu certains visages, croisé d’autres pour la première fois. L’atmosphère était chaleureuse : des femmes réunies autour d’un magnifique festin, prêtes à échanger, à faire causette, à être simplement là. Ce jour-là, j’allais aussi entendre parler pour la première fois du Dictionnaire Libre et Créatif du Féminisme Africain. Je ne savais pas encore que cette rencontre allait me motiver à les inviter sur le site de Sikoum vivre une belle expérience de Ressourcement et de Sororité.

Je suis entrée dans cet atelier avec curiosité, sans réellement savoir à quoi m’attendre. Le féminisme, pour moi, était un mot lourd. Un mot chargé d’histoires, parfois lointain, souvent mal compris. Je l’associais à des combats que je respectais profondément, mais dans lesquels je ne me reconnaissais pas toujours pleinement. Puis les premières lectures ont commencé… et quelque chose a basculé.
J’ai très vite compris que ce dictionnaire n’était pas un livre comme les autres. Ce n’était pas un ensemble de définitions figées ou théoriques. C’était une respiration collective. Des mots nés de nos corps, de nos silences, de nos blessures, mais aussi de nos joies, de nos héritages et de nos résistances. Des mots vivants, incarnés, qui ne demandent pas la permission d’exister.
J’ai vu des femmes lire avec la voix tremblante et le regard droit. J’ai vu des larmes couler sans honte, des sourires naître dans la reconnaissance mutuelle, des mains se tendre naturellement. J’ai vu des silences qui ne pesaient pas, mais qui guérissaient. C’est à ce moment-là que le mot sororité a pris tout son sens pour moi. Non pas comme un slogan ou un concept, mais comme une expérience vécue : se sentir portée, reconnue, en sécurité, entourée — simplement parce que nous étions femmes, ensemble.
Ce jour-là, j’ai compris que le féminisme africain n’est pas une opposition, mais une réinvention. Il ne crie pas toujours. Il raconte. Il soigne. Il relie. Il nous autorise à dire je sans nous couper du nous. Il crée des ponts entre nos histoires individuelles et notre force collective.
Je suis repartie transformée. Avec la certitude que ce dictionnaire n’a pas seulement changé ma vision du féminisme, mais aussi ma manière d’habiter le monde. Et surtout, avec une conviction profonde : quand les femmes se donnent la parole, elles se donnent la force.


